samedi 14 avril 2018

UN CADEAU D'ANNIVERSAIRE INATTENDU

L'AMI VOL 4 No 2 24 mars 2018

Lorsqu'Élika m' a parlé du prochain numéro de L'AMI, il y avait une petite lumière malicieuse dans son regard.

- Cela va être un numéro spécial, m'a-telle dit.
- Ah! oui? Quel sera le sujet ?
- Un numéro spécial.
- Mais encore ?
- Je pense que je vais parler de ma meilleure amie. Ça va être sa fête.
- Je suis sûre qu'elle va être contente.
- Je pense aussi.
- Dès que tu seras prête, tu me le dis et on travaillera la mise en page.
- Mmmm

Et les jours passaient. Je me suis dit, pas de pression, elle doit y aller selon son rythme. Ce journal doit demeurer un plaisir.

Puis ce fut mon anniversaire. Une belle fête dans tous les sens où la tendresse, les rires et des mets délicieux et une belle surprise étaient au rendez-vous.  Mais aucune allusion au journal L'AMI. Seulement une confidence : « Mamieke, j'ai un cadeau pour toi, mais je n'ai pas eu le temps de le préparer. »

- Ce n'est pas grave ma chérie. Ce sera toujours le temps et comme ça la fête continue.

Le jour de Pâques fut jour de la livraison. Pendant que je préparais le repas de mes 16 convives, je reçois une enveloppe brune. Je m'attends à un dessin, voire un poème. C'était plus qu'un poème. Un déferlement de mots plus émouvants les uns que les autres. J'ai attendu d'être seule pour en savourer toutes les lettres. Le journal L'AMI a fait de moi sa vedette. Et j'en suis très fière.

Seule Isyëv n'a pu contribuer à ce numéro spécial. Elle a compensé son absence en me donnant un dessin. Elle m'a dit, c'est comme ça que je te vois.


dimanche 18 février 2018

L'opéra Faust de la SALR en vedette dans le journal L'AMI

https://drive.google.com/file/d/1tWl3XAMHxooUcDfMalTrSRikz--mEndE/view?usp=sharing



L’Ami va à l’opéra

  Pour la 7e année consécutive, Élika a assisté à la production de la Société d’art lyrique du royaume. Rien de moins que Faust de Charles Gounod.

  Elle tenait à en faire l’article principal de la première publication du journal L’AMI en 2018 qui commence sa quatrième année de publication.

Du haut de ses 10 ans, elle devient de plus en plus autonome, même pour la mise en page. Quant aux textes, ils sont totalement de son cru. On constate que son langage évolue… ma tâche consiste essentiellement à réviser pour traquer les fautes d’orthographes.

Elle a entrepris de faire du recrutement. C’est ainsi que Victor, 8 ans, vient de faire sa première contribution. Pour l’apprivoiser Élika lui a confié  la pensée du jour, devenue le souhait du jour.

Je suis heureuse de voir qu’elle persévère dans ce beau projet. Et ses lecteurs la motivent beaucoup. Merci à vous qui la lisez et lui laissez un commentaire.

Les coups de cœur d'Élika


Antonio Figueroa a interprété Faust
© Photo Andrée-Anne Lachaine

Nathalya Thibault, jouait le rôle de Marthe
© Photo Andrée-Anne Lachaine





vendredi 16 février 2018

Faust de la SALR : de la haute voltige visuelle, vocale et lyrique





Antonio Figueroa (Faust) et Gino Quilico (Méphistophélès)
© Andrée-Anne Lachaine photographie




Impressionnant! La version de l’opéra Faust de Gounod présentée par la Société d’art lyrique du royaume est remarquable. Même en mettant les bémols, indispensables lorsqu’on assiste à une répétition générale la veille de la grande première, tous nos sens sont fortement et agréablement imprégnés par cette interprétation. Une mise en scène étonnante très contemporaine de Guylaine Rivard, des décors ingénieux dont la sobriété s’habille d’éclat sous les jeux de lumières et les trouvailles astucieuses, un orchestre qui traduit toutes les nuances sous la direction de Jean-Philippe Tremblay et des solistes… ah! les solistes!


La SALR résume la trame  narrative de sa production en quelques lignes : « Le docteur Faust, au déclin de sa vie, voudrait retrouver la jeunesse. Il invoque Satan qui, sous les traits de Méphistophélès, l’invite à boire la coupe de la Vie qui le transforme en jeune homme. En échange, Faust acceptera d’être son serviteur pour l’éternité… Faust tombe en amour avec la belle Marguerite qui, séduite par ses bijoux, lui déclare sa flamme et aura un enfant de lui. Rivalités amoureuses, emprisonnement, crimes passionnels s’ensuivent à travers une série d’intrigues captivantes, alimentées par des personnages attachants, et enveloppées par une musique envoûtante! »
 

Présentée en cinq actes, cette interprétation de Faust a un petit quelque chose qui n’est certainement étranger à la qualité de ses solistes. Tous sont excellents. Après une ouverture que les jeunes auditeurs, avec raison, ont écoutée dans un silence rare, les rideaux s’ouvrent sur un Dr Faust courbé sous le poids de son âge et de ses regrets. La voix superbe d’Antonio Figueroa s’empare de toute la salle. Il se donne vocalement comme physiquement, campant un Faust intense dont la passion nous convaincrait de devenir sa Marguerite. « Je veux la jeunesse » lance-t-il à un Méphistophélès superbement campé par Gino Quilico. Un personnage spectaculaire, satanique à souhait, dont la direction artistique a su exploiter tout le talent. Il livre avec Antonio Figueroa un duo d’une grande beauté. « La jeunesse t’aveugle, ose la regarder » chante Méphistophélès à Faust éperdu, alors qu’il hésite à vendre son âme. La beauté de Marguerite vaincra sa résistance. « À moi ces plaisirs » défie le vieux Faust qui, sa jeunesse retrouvée, n’hésite plus à faire sombrer la dame de son désir avec lui.
 


L'acte II met le chœur en vedette. Une joyeuse assemblée de jeunes du village et de soldats lors d’une collation de grade au cours de laquelle on découvre Caroline Gélinas. Dans le rôle touchant de Siebel, elle se dresse en rival contre celui qui convoite Marguerite interprétée avec retenue par France Bellemare. C’est ce soir, vendredi 16 février, que le public connaîtra leur pleine mesure, car la veille la prudence était de rigueur pour préserver les cordes vocales. Ce qui n’a pas empêché d’en apprécier certaines envolées en confirmant la richesse. À souligner aussi, la scène du veau d’or avec un Quilico flamboyant qui mènera le bal,  bal de plus en plus endiablé où tous ne sont plus que des marionnettes.



Caroline Gélinas dans le rôle de Siebel
 © Andrée-Anne Lachaine photographie

Au IIIe acte, on se retrouve dans le jardin de Marguerite, où tout est suggestion dans la disposition : là un salon, là une chambre, là un présentoir de bijoux. Une mise en scène de l’illusoire où la symbolique des lieux coïncide avec celle des sentiments. L’amour de Siebel qu’expriment les fleurs contre l’attrait des parures d’or qui est le piège de Méphistophélès afin de satisfaire la passion de Faust. « Si les fleurs l’emportent, je veux bien perdre tous mon pouvoir. » Comme s’il n’allait pas l’utiliser contre la candeur de Marguerite et l’hésitation de Faust troublé par un sentiment amoureux véritable qui pourrait dominer son désir. L’aveu de la victoire à venir sera fait devant le miroir alors que France Bellemare nous offre une version très personnelle de l’Air des bijoux. Un moment suave. Elle est convaincante chantant « Ce n’est plus moi, c’est la fille d’un roi qu’on salue au passage. » Comme si elle venait tout juste de découvrir sa beauté.


Nathalya Thibault dans le rôle de Marthe, amie de Marguerite
©Andrée-Anne Lachaine photographie


Tandis que Marguerite prend conscience de sa nature féminine, se joue une scène de séduction incroyable entre Méphistophélès et Marthe, incarné par Nathalya Thibault, ce phénomène de scène pour ses qualités vocales comme pour son jeu toujours expressif et efficace. Elle a un sens du théâtre qui nous ravit chaque fois. Elle se livre sans pudeur, avec une touche d’humour de bon aloi.

 France Bellemare, Marguerite
©Andrée-Anne Lachaine photographie



L’entracte sera suivie des actes IV et V où l’intensité dramatique va croissant. De beaux tableaux se succèdent réunissant solistes et chœur. Marguerite dans l’église pour prier, cherchant le pardon et le réconfort après la naissance de son enfant et l’abandon de son amant. Méphistophélès s’y révèle dans toute sa puissance satanique. Gino Quilico a une telle prestance que l’on se sent envoûté par tout ce qui se dégage de sa stature et de sa voix. Le décor crée l’ambiance solennelle du lieu où les objets comme les personnes fusionnent pour évoquer à la fois le sacré et le diabolique.
Suit le retour de guerre des soldats chantant Gloire immortel de nos aïeux. Parmi eux, Valentin frère de Marguerite campé par Geoffroy Salvas, une autre belle voix de cette distribution, complétée avec assurance par Jean-Simon Boulianne dans le rôle de Wagner. La scène se termine par un duel opposant Faust et Valentin qui meurt sans accepter de pardonner sa sœur d’avoir été séduite : « Si Dieu te pardonne, soit maudite ici-bas. »

Au dernier acte, l’opéra atteint son apogée. Toute la scène se transforme en prison. La scénographie de Chantale Boulianne, depuis le début, mais particulièrement dans cet acte est remarquable. Au centre, enchaînée, Marguerite attend l’exécution de la sentence pour infanticide. Faust tente en vain de la sauver. Chaque mouvement accompagne les voix dans ce combat des forces contraires. La disposition des personnages, le décor, les éclairages, le contraste des costumes, la robe blanche de Marguerite, le rouge et noir de Faust et Méphistophélès, le gris des figurants, tout cet ensemble forme un visuel équilibré, pur art d’un tableau de maître. C’est intense. Lorsque Marguerite, monte les marches de l’échafaud, ici suggéré par un escabeau, et que Faust tombe à genoux pour prier, l’émotion est palpable. Une finale saisissante, grandiose dans sa simplicité.
****



 
Acte II : avant de partir en guerre, 
Valentin, Geffroy Salvas, implore Siebel de veiller sur Marguerite
© Andrée-Anne Lachaine photographie 


Il y aura encore beaucoup à dire sur cette production. La présence de deux fillettes,  Madeline Bossé et Annlou Morissette, symbole de pureté, naïves souvent, séductrices parfois comme s'approchant du piège tendu par Méphistophélès. Ou encore les maquillages de Guillaume Lavoie, les coiffures de Luc Ladouceur, la performance du chœur dirigé par Annie Larouche. Et plus... C'était la générale. Imaginez ce soir.

Le mieux, c'est d'aller voir, de vivre ce moment majeur dans l'histoire de la SALR. Au Théâtre Banque nationale de Chicoutimi, à 19 h30 les 16 et 17 février, à 14 h le 18 février. 


 

dimanche 31 décembre 2017

En route vers 2018




2018 C’est demain
Chaque année est tissée de sourires et de larmes, d’espoir et de doute, de joies et de colères. Les forces se confrontent et, pourtant, se conjuguent. Faut-il désespérer face à ce mal qui ronge la planète et ignorer toute la générosité qui tente d’y faire obstacle? Vous le savez, je suis une optimiste. Je vois la douleur. Je m’y déchire. Mais je vois aussi que la beauté du monde subsiste et habite la majorité des êtres. Surtout en vous, mes amis, mes amies, surtout en vous qui m’êtes précieux chacun à votre façon. Que l’année 2018 puisse vous en convaincre. Mon vœu est que vous soyez ce que vous êtes, car, en chacun de vous je vois ce qui me permet de croire que la vie survivre. Je ne ferme pas les yeux sur la certitude que j’ai de chacun de vous qui êtes dans ma vie parce que je choisis que vous y soyez. Je vous choisis pour vos certitudes, vos enthousiasmes autant que vos révoltes et votre volonté de défendre l’avenir.

OUI, QUE 2018 SOIT UNE AUBE ET NON UN DÉCLIN.

jeudi 28 décembre 2017

Le journal L'AMI commente le programme Sports-Arts-Études



Télécharger ICI



L’Ami calme
   
  Élika ne voulait pas terminer l’année 2017 sans publier un quatrième numéro du journal L’AMI.

  Au cours de ces trois années, depuis la création de L’AMI, les passions de notre jeune rédactrice se sont multipliées. Elle doit faire des choix, ce qui ne lui plaît guère quand il s’agit de renoncer à une activité qu’elle aime. Comme elle l’exprime dans sa pensée du jour, cela risque de lui faire manquer des opportunités. Aussi, elle a choisi le compromis qui se traduit par ne rien perdre, mais mieux répartir son temps. Quoique, elle a dû suspendre ses cours de karaté. Un regret qu’elle ne pense pas supporter longtemps, mais largement compensé par la réalisation d’un rêve : accéder au programme Sports-Arts-Études afin de faire ce qu’elle aime le plus, danser.

   Le 16 décembre, elle a participé à sa première audition. Elle avait beaucoup d’espoir et je me demandais comment elle accepterait de ne pas être choisie. Elle ne l’a pas été, mais elle est revenue avec le sentiment d’avoir été au bout de ses capacités. Ajoutant avec sagesse que la prochaine fois elle ne pourrait que s’être encore améliorée. Étant la plus jeune élève du groupe, elle est consciente avoir moins d’expérience que d’autres. Et ce qu’elle comprend, c’est qu’avec le temps et la persévérance elle atteindra, elle aussi, assez d’expérience pour  figurer parmi les meilleures.

  Je la regarde comme un oisillon ouvrant ses ailes. J’ai envie de dire, surtout que personne ne les lui coupe.

***

dimanche 8 octobre 2017

Livres comme l’Air / Hommage aux écrivaines et journalistes détenues politiques


Laurence Ouellet Tremblay au micro, Danielle Dubé, Sophie Torris, Christiane Laforge

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron



Livres comme l’Air
 Hommage aux écrivaines et journalistes 
détenues politiques


Vous dites oui sans hésiter, parce que la liberté inclut la liberté de s’exprimer. Vous dites oui, parce que notre réalité nord-américaine ne doit pas occulter la réalité d’ailleurs. Vous dites oui avec la raison… et c’est le cœur qui s’empare de tout ce qui va suivre.

Invitée à participer à l’activité Livre comme l’air – initiée en l’an 2000 par Amnistie internationale et l’Union des écrivains professionnels du Québec à l’occasion de la Journée internationale des écrivains emprisonnés – je prenais conscience de tout un réseau dépassant les mots pour agir avec les mots. Avec le Centre québécois du P.E.N. international (Poètes, essayistes, nouvellistes pour la liberté d’expression) et l’APES (association professionnelle des écrivains de la Sagamie), Livre comme l’air franchissait les portes du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’objectif du Centre Le P.E.N.,  tel que décrit sur la page Facebook de l’organisme, se décrit comme suit : « La mission spécifique du Centre québécois du P.E.N. international est de protéger la liberté d’expression écrite et, dans la foulée, d’apporter une aide à la fois morale et matérielle à des écrivains dont les droits sont bafoués, ne sont pas le privilège de leurs seuls frères et sœurs écrivains. On encourage le public en général, plus particulièrement ceux que l’indignation face à l’injustice incite à l’engagement, ceux que des expériences de lecture ou de voyage, ou un simple coup d’œil sur les nouvelles arrivent à indigner et à motiver, à joindre leurs efforts aux nôtres. » (Source : https://www.facebook.com/centrepenquebec/ ).

« C'est la manière du PEN de dire aux 900 écrivains prisonniers, harcelés, assassinés et disparus : vous n'êtes pas réduits au silence. Vous n'êtes pas oubliés. Nous sommes avec vous, et nous luttons. »

Qui choisir ?

Membre du P.E.N. et très active au sein de l’UNEQ et de l’APES, Danielle Dubé est, depuis un temps déjà jumelée à l’écrivaine turque Asli Erdogan. Impossible de résister à sa quête lorsqu’elle a invité trois auteures d’ici à suivre son exemple. Laurence Ouellet Tremblay, Sophie Torris et moi-même avons reçu un bref résumé de la vie de quatre femmes emprisonnées pour leurs écrits en faveur des droits de l’Homme. Qui choisir ? À trop réfléchir, je fus la dernière à confirmer mon choix. La difficulté étant de se dire, laquelle ne pas choisir, tant le drame de ces prisonnières m’interpellait.

Lors d’une répétition préparatoire à notre prestation sur la scène du Salon du livre, j’ai compris que nous avions chacune été touchée par cette femme inconnue à laquelle nous devions écrire notre soutien. Avec Danielle, Laurence et Sophie, toutes étaient entre bonnes mains, toutes avaient trouvé une voix. Et quelle serait la mienne, tandis que mes recherches me révélaient l’injustice, l’horreur, la cruauté ainsi que la beauté, le courage et une volonté indéfectible d’affirmer sa liberté ?

Voici, les textes présentés le dimanche 1er octobre au Salon du livre SLSJ. 

LETTRE À ASLI ERDOGAN
 
Asli Erdogan


Bonjour Asli,
Je m’appelle Danielle Dubé,

En décembre dernier, nous apprenions que tu étais libérée de la prison turque de Barkikoy mais assignée à résidence, de santé fragile et en attente de procès. Un procès qui ne vient pas malgré plus de douze mois d’attente sous les verrous ou dans ta chambre. Et cela, malgré des milliers et milliers d’appuis que tu as reçus de partout dans le monde, y compris du P.E.N., de l’UNEQ, d’Amnistie international, et de ton éditeur Actes Sud. Comme si on voulait que tu te résignes, abandonnes…

Jusqu’à maintenant on a laissé tombé deux chefs d’accusation, «celui de propagande » et «d’incitation au désordre». On t’accuse malgré tout «d’appartenance à une organisation terroriste », ce qui n’a jamais été démontré. Passible d’une sentence d’emprisonnement à perpétuité parce que tu as défendu des victimes, dénoncé dans ton journal et dans ton livre Le bâtiment de pierre, les terribles conditions  des prisonniers kurdes.
Depuis le coup d’état d’août 2016, des centaines de journalistes comme toi ont été incarcérés, des centaines de journaux, magazines, radio et stations de télé sont fermés.

Tu fais partie d’une espèce aussi rare que précieuse, Asli. Écrivaine reconnue dans le monde, traduite en une quinzaine de langues, traductrice d’un monde bouleversé et dur, tu as toujours défendu la liberté d’opinion. Tu dis que tu t’accroches aux mots, aux mots de ceux qui t’appuient partout dans le monde. Quel courage cela demande, espérer encore !

La première fois que je t’ai écrit, je t’ai dédicacé mon roman Les olives noires. Le long cri de libération d’une femme qui peine à sortir de son enfermement alors que l’Espagne est sous le joug du franquisme et que le Québec subit une loi des mesures de guerre. Cette fois, je t’offre Ciel de Kyoto, puisque c’est ce que tu souhaites le plus : retrouver le ciel. Ton ciel, le ciel d’Istanbul si beau dans la nuit étoilée des coupoles et des minarets.

Ciel de Kyoto, c’est le récit de voyage de dix  femmes libres qui ont le droit de lire, de penser, d’écrire et voyager pour découvrir le monde. La chance que nous avons, je te la souhaite. La liberté, le plus beau cadeau que puisse se faire l’humanité avec la solidarité et la démocratie !

Je t’admire Asli, et tu le sais. Les thèmes de  tes écrits me rejoignent. Ta langue, ton écriture est un cri qui nous interpelle dans la nuit d’un monde guerrier, cruel et barbare. Il est temps que tu retrouves ta vie, ta liberté comme des centaines de tes concitoyens journalistes.  Ton droit même le plus fondamental, celui de vivre et respirer est menacé. Il y a péril en ta demeure, dis-tu, même dans toute l’Europe… Il est encore temps pour ton pays comme pour ses chefs de se resaisir.

La Turquie pour nous occidentaux, ce fut déjà un rêve. Istanbul, un conte des mille et une nuits. Le premier mandat du président Récep Erdogan était prometteur, annonciateur de jours meilleurs, même d’une entrée dans l’Union européenne. Comme d’autres, nous y avons crû. Ne tuons pas la beauté du monde. La beauté de ta voix pas plus que l’espérance d’une démocratie !

La dernière fois, au Salon du livre de Montréal, je demandais au ministre Stéphane Dion d’intervenir. Cette fois je le demande à la ministre des Affaires étrangères Christya Freeland, à Justin Trudeau lui-même, celui dont le monde aime tellement l’image. Une image qui doit servir à aller au delà des mots dits, améliorer le fonctionnement de nos démocraties, voire servir de modèle aux pays récalcitrants.

Avec Amnistie, le PEN Québec, l’UNEQ et maintenant l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), j’en appelle à ta libération, au sens de la justice et à l’humanisme des dirigeants turcs qui savent que tu n’as jamais cautionné le terrorisme. Pas plus que les exactions des troupes de Daesch. Je t’interpelle dans ta nuit en espérant le retour de l’aube : « Courage Asli ! Espère Asli ! Nous pensons encore à toi. »

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron

Danielle Dubé,
écrivaine jumelée à Asli Erdogan
par l’UNEQ et  le P.E.N  




LETTRE À SHAMAEL AL-NUR 

Shamael Al-Nur

Seule ma propre main peut véritablement me réduire au silence.
Et pourtant, ma voix, tu l’entends, a tous les accents de la différence.
Toi, c’est une autre main que la tienne qui bâillonne ton existence. 
Simplement parce que ta voix, je l’entends, veut faire acte de résistance.

Je t’appelle, sur cette scène, je t’appelle- Shamael Al-Nur, journaliste et soudanaise.
Je m’appelle, sur cette scène, je m’appelle Sophie Torris, enseignante canadienne d’origine française.
Je nous appelle, sur cette scène, je nous appelle, Sophie et Shamael, le temps d’une parenthèse, d’une conversation en absence.

Moi au Québec et toi, au Soudan, dans cet ailleurs improbable.
Moi ici et toi, au loin, présumée coupable.

Le verdict est tombé et ton crime est passible de la peine mort.
User de mots justes et pacifiques, est-ce possible que ça entraine la mort?
Dénoncer un gouvernement vétuste qui ne consacre à l’éducation et à la santé que 3% de ses recettes et sans remords
mérite-t-il d’être jugé et condamné? Qui peut ainsi décider de ton sort?
Peut-on éradiquer une âme parce qu’il n’y a pas que l’Islam sous son tchador?

Coupable d’Apostasie. Pour avoir écrit dans un journal des mots.
Coupable d’Apostasie. C’est un Imam extrémiste qui veut te faire la peau.
Et voir se balancer au bout d’une corde ta tête
surtout parce que c’est celle d’une femme libre et pas si bête.
T’étrangler avec les liens de ta propre éloquence
et faire exemple de cette sentence.

Combien sont-ils ces ministres incultes d’un culte qui se croit tout permis
et dont la parole, quand elle se fait extrême, exulte la misogynie?
C’est si facile de répondre par la haine et la violence
quand on est en face d’une femme qui pense.

Je vis dans un pays qui défend la liberté d’expression et le droit de parole.
J’enseigne la beauté et la puissance des mots sur les estrades des écoles.
Sur les tableaux noirs, librement, mes élèves s’épanchent.
La craie est la plus pacifique des armes blanches.
Je t’offre, Shamael, une de mes pièces de théâtre écrite pour et par des tout petits
en souhaitant qu’un jour, le Soudan investisse un peu plus dans l’éducation et dans ce genre d’outil.

Parce que c’est quand on n’a pas appris à écrire, qu’on se défend avec les mains.
Parce que c’est quand on n’a pas les mots pour dire, qu’on use de ses poings.

Tu vis dans un pays qui censure les mots quand ils disent la vérité.
Tu vis dans un pays qui enseigne la vertu comme seul alphabet.
Les enfants y sont en majorité illettrés, un peuple ignorant est bien plus facile à mener.  
Les femmes y sont en majorité des poupées cigognes, à l’étroit dans un même sarcophage
étouffant leur rogne contre une charia que des hommes interprètent à leur avantage.

La religion prend le pas sur le politique pour menacer ton intégrité.
Et te voilà hérétique parce que tu défends les droits de ces minorités.
Mais tu continues de dénoncer le système. Alors, on t’accuse de blasphème.  
Le coran en devenant code civil met ta vie en péril.

Je salue l’encre qui coule dans tes veines et qui déverse ces flots de parole sans prudence.
Je salue l’encre qui dénonce la haine et qui lutte tout en hyperbole contre la violence.

Tu as porté plainte contre l’extrémiste religieux
Pour diffamation et propos calomnieux.

D’où te vient cette force, Shamael?
Au travers de toutes ces campagnes hostiles, tu te refuses à devenir servile.
D’où te vient cette force, Shamael?
Au travers d’un tel régime de peur, oserais-je moi, signer mes écrits de mon nom d’auteur?

Ta vie de femme et de journaliste est empêchée par une de ses voies :
la parole. Alors qu’elle est le plus sûr chemin pour défendre tes droits.

Permets que j’use de la mienne pour défendre cette liberté que je chéris :
la liberté d’expression, qui est non seulement, le pain qui te nourrit
mais aussi, le plus fier moyen de lutter contre toutes sortes d’agonies.

Seule ma main peut véritablement me réduire au silence.
Alors, j’ai dit « oui » quand Le Pen international m’a offert de vivre cette alliance.

Ta langue est belle, ta langue est forte, mon amie.
Vois comme elle traverse les frontières aujourd’hui.

Ici, au Saguenay, en ce 1er octobre 2017, dernier jour du salon du livre,
Je demande à la justice de ton pays qu’elle te délivre.


© Photo Sophie Gagnon-Bergeron
                             Sophie Torris 



 LETTRE À GOLROCKH EBRAHIMI IRAEE


Goldrockh Ebrahimi Iraee




Bonjour.
Je suis Christiane Laforge.
Auteure de plusieurs livres et journaliste de profession, j’ai utilisé les mots pour défendre deux grandes causes : la condition humaine, mais surtout les droits des femmes et l’expression artistique de toutes les disciplines. 

Si le choix de mes parents m’a amenée très jeune de la Belgique au Saguenay–Lac-Saint-Jean, cette région est devenue le choix de mon cœur et lieu de ma vie. J’y ai fait carrière en journalisme pour le Progrès du Saguenay pendant 38 ans. J’y ai écrit et publié une dizaine de livres. Par la suite, ne sachant pas le sens du mot retraite, j’ai continué, depuis 2009, à utiliser les mots pour défendre encore et toujours ces deux grandes causes. Ce qui aboutit, en toute logique, à me retrouver ici, ce soir, pour évoquer le drame de Golrockh Ebrahimi Iraee. Drame que subissent de nombreuses femmes écrivaines et journalistes de plusieurs pays. 

Mais avant d’aborder son drame, permettez-moi de lui offrir mon dernier livre, Cœur innombrable, cette parole de femme libre, qui n’aurait jamais pu publier ce livre dans le pays de Goldrockh.


Golrockh Ebrahimi Iraee, j’ose résumer ton drame.

Accusée d’avoir porté atteinte aux valeurs sacrées de l’Islam, notamment pour la rédaction d’un livre de fiction non publié, inspiré d’un fait réel relaté par le film américain La lapidation de Soraya M, te voilà condamnée à six ans de prison.

Défenseur des droits humains comme toi, ton compagnon Arash Sadeghi, lui-même condamné à 15 ans de prison, a voulu te défendre en s’imposant une grève de la faim de 72 jours, afin d’attirer sur toi le regard du monde libre. Tu as cru, un bref moment, retrouver ta liberté au prix de sa santé gravement compromise. Une liberté provisoire en attendant que la Cour Suprême puisse réviser les motifs de ton emprisonnement. Promesse bafouée 19 jours après la fin de sa grève de la faim. En effet, le 22 janvier 2017, tu étais de nouveau arrêtée et enfermée dans la prison d’Evine de Téhéran. 

Tandis que tu te consumes derrière les barreaux, ta peine et celle d’Arash attendent que la 33e Chambre de la Cour Suprême réexamine leur bien fondé.  Sachant pourtant que les « pasdarans », ou gardes de la révolution, empêchent le transfert des documents essentiels à cet examen. En janvier dernier, ce sont ces mêmes pasdarans qui avaient bloqué le transfert de ton compagnon à l’hôpital, forçant ton retour en prison.

Chère Golrockh,

Au-delà de la distance, malgré les silences et l’isolement, ton nom ne m’est plus étranger. Comme écrivaine, comme journaliste préoccupée par les droits des humains, je ne peux être indifférente à ton sort tragique, ni au bafouement de tes droits. Le droit à la liberté, liberté de parole, liberté d’écrire, liberté de revendiquer le respect de la valeur sacrée de la vie, liberté de dire que la lapidation est une insulte à l’humanité.

Je me sens impuissante devant les lourdes portes de ta prison. Révoltée de te savoir muselée, isolée de ta famille, de tes amis, privée de tes droits, même celui de te défendre. 

Impuissante mais pas désarmée, car la vigilance de nombreuses personnes préoccupées par ton sort a transmis l’appel courageux de ton époux ainsi que le tien. Et j’entends ta voix. Cette voix bouleversante qui évoque les interminables heures d’interrogatoire, les yeux bandés, interrogée et menacée sous prétexte d’insulte à l’Islam, tandis que dans la cellule voisine tu perçois les coups et la torture infligés à ton mari. Tu lui as écrit : 

« Ton combat est admirable mon très cher Arash. Je t'en prie, reste en vie, car je chéris ta vie si précieuse bien plus que ma propre liberté. » 


Le 8 juillet dernier, forte d’un esprit combatif qui refuse de se résigner, tu cosignais, avec Atena Daemi une lettre ouverte adressée aux ambassadeurs de 45 pays pour dénoncer les conditions inhumaines dans la prison d’Evine. Le 22 août, avec deux autres prisonnières, tu poursuivais ta lutte afin de soutenir les prisonniers politiques de Gohardacht au 20e jour d’une grève de la faim. Cette grève de la faim est devenue « le seul moyen pour les prisonniers d'exiger justice », précises-tu. Ajoutant, de concert avec tes sœurs de combat :

« Votre silence et votre inaction finiront par devenir une couverture politique pour les violations continues et généralisées des droits humains en Iran. »

 Et moi, géographiquement si loin de toi et pourtant si proche à t’entendre, je te le dis, Golrocks Ebrahimi Iraee, je veux parler, je veux agir, refusant que mon silence et mon inaction cautionnent l’horrible tragédie que tu vis, toi et les tiens, ces femmes et ces hommes qui luttent pour la valeur sacrée des droits humains.

Ce soir, je suis ta voix. Je porte ta parole qui réclame, avec raison, le droit de vivre libre.

Christiane Laforge          
© Photo Sophie Gagnon-Bergeron
Écrivaine, journaliste jumelée 
à Goldrockh Ebrahimi Iraee
par l’UNEQ, le P.E.N et l’APES.
1er octobre 2017







LETTRE À LIU XIA


Liu Xia



Mon nom est Laurance Ouellet Tremblay, j’ai 32 ans, je vis au Québec, un territoire en paix, je suis une poète ; je suis aussi une femme libre. J’ai écrit et publié à ce jour deux livres sans que personne ne me musèle ou menace de me faire taire et j’ai l’intention d’en écrire encore plusieurs autres.

La seule censure que je connaisse est celle de mes pairs, à qui je demande conseil et qui me disent « tu devrais changer ce mot-ci par celui-là, ajouter une virgule ici » C’est une censure choisie et c’en est une volontaire.

Je suis ici aujourd’hui pour vous parler de Liu Xia, une poète, peintre et photographe chinoise de cinquante-six ans assignée à résidence depuis 2009 par les autorités de son pays. Assignée à résidence, c’est-à-dire surveillée, c’est-à-dire épiée, c’est-à-dire punie. Depuis huit ans. Assignée à résidence, c’est-à-dire seule, profondément seule, sans contact avec ses amis, sa famille. Sans contact avec personne, elle est affaiblie, usée par l’isolement trop long, beaucoup trop long. Depuis huit ans, Liu Xia attend.

Vous me demanderez sans doute quel crime a été commis pour mériter une telle sentence. Eh bien, ce crime, il n’existe pas. Ta seule offense, Liu, a été d’aimer un homme et de partager avec lui une passion ardente pour la littérature. Je te comprends, Liu, je te comprends très bien. Je vis la même chose.

Ton seul crime a été d’aimer Liu Xiabo, un dissident chinois qui n’a jamais eu froid aux yeux, un prix Nobel de la paix, aussi. Ce seul amour t’a rendue menaçante aux yeux de ton gouvernement. Ce seul amour leur a permis de te confiner à la solitude de ta demeure. La peur et la petitesse de tes dirigeants, ici, m’apparaissent évidentes et me dégoûtent.

Ton amour, Liu Xiabo, est décédé le 13 juillet dernier.

Depuis les funérailles ayant eu lieu deux jours après sa mort, nulle nouvelle de toi, Liu, tu es disparue, tu t’es évanouie. Seule trace, une courte vidéo, une minute et c’est tout, où tu apparais affaiblie et demande à tes proches du temps pour faire ton deuil. Seule trace, une courte vidéo que tous tes amis croient avoir été tournée sous la contrainte. Une courte vidéo à laquelle je ne crois pas moi non plus.


Liu, je t’écris aujourd’hui pour te dire que je pense à toi. Tu dis que le gouvernement chinois extermine ses dissidents politiques dans l’indifférence générale, sans que l’Occident n’y prenne garde ou n’y fasse attention, et tu as bien raison. Tu dis que nous nous réveillerons un jour, alors que vous aurez tous disparus. Liu, j’espère que ce jour est une chimère, j’espère qu’il n’arrivera pas et je tiens à te dire que je suis réveillée, et que nous sommes plusieurs à l’être. Un nombre encore minime, peut-être, un nombre encore trop petit, mais nous nous disséminons comme du chiendent et n’avons pas l’intention de nous taire.

Liu, au cours des derniers jours j’ai traduit de l’anglais un de tes poèmes pour que les gens d’ici puissent entendre la force de ta voix, sa subtilité aussi. Pour que les gens d’ici puissent entendre ton immense talent d’écrivaine. Entendre ce poème de résilience et d’abandon qui se tient bien droit face à l’oppression. Le voici :

La femme de la maison d’à côté est assise
tout le jour dans le jardin, elle regarde droit
devant. Personne ne sait pourquoi.
À la tombée de la nuit où par soir de pluie
une jeune fille parfois l’aide à rentrer.
Si la jeune fille l’oublie, ou n’existe pas,
la femme peut demeurer dans le jardin
toute la nuit, sans bouger
peu importe la température.

Les voisins racontent
que cette femme a aimé un homme,
a porté son enfant et,
après que son amour ait disparu,
est devenue folle.
La guerre, maintenant, est terminée.
Personne n’a vu la femme
dans le jardin depuis des jours.

Dans l’obscurité

la femme tient son visage entre ses mains

longtemps,

la jeune fille est couchée dans son lit

nue,

les yeux fermés durs.



Au bout du compte, la maison brûle

et met un terme à tout.

C’est la seule conclusion que la femme peut tolérer.



Au-dessus des ruines

le soleil hurle.


Liu, je ne peux te blâmer d’écrire que la seule conclusion convenable soit celle des flammes, de la destruction et du chaos. Et je partage ta colère.

Mais au-dessus des ruines tu hurles, Liu, tu hurles et je t’entends.


© Photo Sophie Gagnon-Bergeron

           Laurence Ouellet Tremblay  






***

Commentaires

Céline Dion a écrit : Livres comme l’air… Un propos grave, un contenu dense, un dur rappel à la réalité, nécessaire, avec 4 femmes de grande qualité. Bref, un moment fort du Salon du livre.

L’activité a commencé avec le Cant de la Sibilla, la Sibilla catalane par Montserrat Figueras et La Capella Reial dirigée par Jordi Savall — 90 secondes de tambours… le temps de préparer la scène. Après la prestation, le chant de la Sibilla s’est poursuivi, soutenu par le chœur. 

Émouvant!
 ***

Danielle Dubé a écrit : Hommage très réussi à l’intention des écrivaines emprisonnées dimanche 1er octobre au Salon du livre de Saguenay. Plus de quarante personnes attentives. Un des plus beaux évènements du Salon, nous a-t-on dit. Émouvant, intense et qui interpelle vraiment... L’impression d’être au milieu d’un chœur de Troyennes Sagamiennes toutes vêtues de noir. Des textes touchants, une mise en scène sobre et élégante et d’excellentes lectrices. Comme si nous étions huit sur scène, en présence d’Asli, Liu, Golrokh et Shamaël. Chaque écrivaine a apprécié son expérience et l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), grâce à l’implication de Céline Dion, a magnifiquement collaboré. Également Sylvie Marcoux, directrice du Salon du livre, qui a accepté d’intégrer l’Hommage à l’intérieur de sa programmation.

***

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron